A. La dévallade

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Consigne A. La dévallade

Message  Escandélia le Mer 23 Sep - 23:00

Petit Pierre est debout près de  la fenêtre. Depuis ce matin, impatient, il trépigne.
Impossible de calmer son tourment. Près de la cheminée, grand père lui dit tout bas :

- « Attends Petit Pierre. Attends. Tu sais, la route est longue depuis là-haut…bien longue !  En plus, il faut rendre les bêtes à leur propriétaires à chaque étape. Les compter. Les recompter parfois plusieurs fois. Se justifier s'il en manque.  Négocier.  Parlementer... Les propriétaires sont exigeants. Il  sont soupçonneux. Ils ne veulent pas toujours payer ce qu'ils doivent au berger. Cela prend beaucoup de temps. On croit toujours que la montade c’est le plus dur, parce que ça grimpe, mais c’est faux, on récupère les troupeaux au fur et à mesure du trajet.  Les bêtes sont impatientes, elles ont soif de bon air.  Elles rêvent d’herbe tendre. Tandis qu' au retour, elles ont peine à quitter leurs grands pâturages. Elles savent qu'ici, fini la liberté.  Alors elles trainent, se font prier... Elles sont nerveuses et s’écartent à la moindre occasion. Il faut sans arrêt les  surveiller pour qu'elles ne se blessent pas.  Les remettre dans le bon chemin...

- « Mais, pépé, ici elles ont du bon regain qui les attend ! »

- « mais elles ne le savent pas. »

- « N’empêche, moi,  j’ai hâte de voir si le petit mouton que papa m’a gardé a beaucoup grandi. Et puis il y a longtemps qu'il ne m’a pas raconté d’histoire pour aller me coucher ! »

- « Patience et tu verras, tout se passera bien. Il est déjà 10 h.  Bientôt maman reviendra de l’étable.  Elle préparera la soupe et  quand on aura mangé   tu  feras une petite sieste.  Ils ne seront plus très loin. Si tu es sage, nous irons à leur rencontre.»

- « D'accord, comme quand ils sont partis. Tu m’avais porté sur tes épaules ! »

- « Oui, mais aujourd’hui, tu marcheras, parce que, toi aussi, tu as grandi, et moi je suis devenu vieux, je ne peux plus te porter maintenant. »

- « Tu crois  qu’on les entendra, revenir ? »

- « Bien sûr, et de loin ! Je te parie que la grande barrée sera encore en tête du troupeau. »

- « Tu crois que papa, m’a oublié ? »

- « T’oublier ? Non petit Pierre, personne ne t’oubliera jamais. Papa encore moins que les autres. Je suis sûr qu’il a pensé à toi tous les jours,  depuis son départ. »

- « Oui, mais quand même, y a longtemps qu’il est plus là ! »
 
- «  Oui, il y a longtemps ! Toute une saison, et même plus. Nous avons fait les foins, puis les moissons, enfin les pommes de terre, sans lui. Aujourd’hui, il revient. Il sera fier de savoir que tu l’as remplacé pour traire la biquette,  pour  trier les patates, ramasser les épis de blé derrière la faucheuse, garder les cochons dans l'étouille après la moisson et aussi que tu as fait ta première rentrée scolaire.
On lui dira combien tu as été sage et courageux quand il a fallu que tu lâches la main de maman pour la première fois. »

- « Oui, j’ai même pas pleuré, et puis j’ai plein de copains maintenant ! »

- « Tu pourras aussi lui raconter que les gros orages de la mi juillet ont endommagé les récoltes, et comment le Marcelou a réparé la toiture au dessus de ton lit. Tu lui diras que nous avons dû éteindre le feu qui prenait dans la pinatelle après que la foudre soit tombée.
Il s’en passe des choses en un été !
Lui, te racontera comment il a  défendu les troupeaux contre les bêtes sauvages.  Il te dira combien il a fabriqué de fourme avec le lait des Salers, quels soins il a donné à ton mouton et aux autres brebis. Il te racontera enfin combien vous lui avez manqué ta petite sœur et toi. »
Après avoir attaché les vaches à l'étable, et fermer les brebis à la bergerie, il posera sa grande limousine sur le banc, se versera une rasade de piquette dans son assiette pour faire chabro, puis il vous prendra chacun sur un genou et vous parlera de là haut."

- « Oh, oui, pépé,  et nous, on lui racontera  que ma petite sœur  a marché  toute seule pour la première fois, le jour du grand battage parce qu'elle avait peur de  la loco de Jojo la Plume. On lui dira aussi comment tonton a fait pour attraper le renard qui venait manger les poules au poulailler. Et  moi je lui raconterai les histoires que j’ai apprises à l’école ! »

- « C’est tout ça,  Petit Pierre, que nous aurons à partager. Mais viens à présent, allons marcher un peu. J’ai les jambes qui me démangent ! »

- «  Moi aussi, pépé, moi aussi. Peut être qu’ils ne sont pas loin, maintenant, allons les attendre. »
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Message  catsoniou le Jeu 24 Sep - 8:26

Il s'en passe des choses dans une tête d'enfant pendant une saison et le papa berger a raté une partie de ce début d'épanouissement de son fils . Ainsi va la vie ...

Saison bien racontée ! clap
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Message  Amanda. le Jeu 24 Sep - 10:11

Beau dialogue entre le petit garçon et son grand-père, qui nous livre à merveille les deux faces de l'estive.
Côté cour et côté jardin, côté berger et côté famille.
Ton texte me réconforte, comparé au mien, par ex. il est donc bien possible d'avoir une famille heureuse malgré l'estive.
Et les moutons ! Ah, j'adore, leur inquiétude.... clap clap clap clap
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Amanda.
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Message  Invité le Jeu 24 Sep - 10:31

Un dialogue plein de chaleur entre un petit fils et son grand-père. Où l'impatience de l'un, tempérée par la sagesse de l'autre est bien rendue. Je vois là que tu es dans ton élément Escandélia et que tu as écrit ce texte avec facilité. Wink

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Message  Admin le Jeu 24 Sep - 11:47

Je vais te faire le même compliment qu'à Yvanne: la consigne te va comme un gant flower
C'est un très beau dialogue entre l'enfant et le vieil homme Prosterne

_________________
Bonjour Invité, je suis heureuse de te compter parmi les Kaléïdoplumiens  flower

Admi...ratrice de vos mots!
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Message  Sherkane le Ven 25 Sep - 21:50

J'aime beaucoup ton titre qui est très évocateur.

Un beau dialogue et un grand père plein de tendresse envers son petit fils
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Message  tobermory le Sam 26 Sep - 17:35

L'attente du retour d'estives à la fois à hauteur d'enfant et à hauteur de grand-père, l'impatience de l'un, la sérénité de l'autre. Je trouve ce dialogue délicieux, émouvant et plein de naturel. Les termes techniques ( ou locaux; je ne sais pas quelle est la meilleure appellation), donnent encore plus de saveur et de véracité au texte. Et puis, Escandèlia, on voit que tu connais parfaitement ton affaire.


Dernière édition par tobermory le Sam 26 Sep - 17:36, édité 1 fois (Raison : itement)
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Message  Nerwen le Sam 26 Sep - 18:38

Quel talent  Un très joli texte avec des références bien réelles et beaucoup d'émotion. Deux mois... autant dire une petite éternité dans la vie d'un jeune enfant. Que de choses à partager au retour ! C'est ce que le grand-père plein de sagesse, s'efforce de montrer à son petit fils pour tempérer son impatience .
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Consigne Re: A. La dévallade

Message  virgul le Dim 27 Sep - 11:49

J'ai beaucoup, beaucoup aimé les deux côtés du tableau et le grand-père qui sert de trait d'union. A la lecture de ton texte on partage la joie et l'empressement du gamin. Et quelle écriture! Un régal.

virgul
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Consigne Re: A. La dévallade

Message  Escandélia le Dim 27 Sep - 16:19

Virgul a écrit:Et quelle écriture! Un régal.

Ah merci ! je ne suis pas sûre de mériter autant.

Tober a écrit:Les termes techniques ( ou locaux; je ne sais pas
Ce sont des termes locaux je pense car on retrouve sous d'autres plumes des mots au prononcé un peu différents mais ayant la même signification (Cats par exemple emploie beaucoup d'expressions du terroir dans ses textes. Je les comprends, mais chez moi, on en emploi d'autres ayant même signification, mais un peu différente. )
Après, pour ce qui est de l'impatience , je dirais que celle du grand père n'est pas moindre : "j'ai les jambes qui me démangent" dit -il.  Ce n'est pas que je veuille me faire de la pub, mais ce texte est à rapproché de la consigne sur la montée à l'estive: l'appel des cimes mettait en scène les mêmes personnages.
Chez nous on ne transhume pas, mais les récits de ceux qui pratiquent encore  sont très présents à mon esprit et je ne peux que leur rendre hommage à ma façon. En effet, c'est une part de ma culture également.
Merci à vous tous de l'intérêt manifesté pour ce texte (comme pour tous les autres oserai - je dire).
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Consigne Re: A. La dévallade

Message  Mesange le Dim 27 Sep - 22:22

En te lisant, je sens que tu sais de quoi tu parles, des souvenirs enfouis ou des histoires d'autres temps auxquelles tu as prêté oreille, voire assisté. J'aime bien l'idée de ce dialogue entre petit-fils et grand-père: il existe entre eux une certaine complicité, un confiance, une présence de l'un à l'autre que je trouve touchante. Ils semblent avoir partagé bien des heures ensemble durant l'été qui vient de passer.
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