Ernest, Jules et Dédé

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Consigne Ernest, Jules et Dédé

Message  AlainX le Mar 19 Mai - 16:30

Ernest, Jules et Dédé

Premier béret : Ernest Choufard : livreur en tout genre.
Deuxième béret : le dénommé  Piedalu :  rapport au fait qu’il a perdu une jambe au combat contre les fridolins en 39, alors  qu’il chantait « On ira pendre notre linge sur la ligne Siegfried. » — ancien combattant,
le costar blanc : Dédé-La-Combine : Fournisseur officiel de faux tickets de rationnement - ancien commerçant et roi du marché noir en son temps. — Actuellement arnaqueur professionnel en détournement  des « dommages de guerre ».
Jules Pochardu
: dit La Barique à raison de son tour de ventre de deux mètres cinquante-six — engraissé durant la guerre par Dédé-la-Combine —  bistrotier rue Vercingérorix Paris -
———————————

Jules Pochardu : — Goutez-moi ça, ça vient d’arriver de ce matin. C’est la tournée du Patron, protitez-en ! Ça s’appelle Coca-Cola, et ça vient des amériques ! C’est comme j’vous dis !

Ernest Choufard : — C’est quoi cette saleté ? Ça pue !  Y  a des bulles ! C’est du Vichy du Père Pétain avec de caramel mou fondu ? Et tu veux que je boive ça ? Même gratis je préfère mon caoua  et mon petit G’nièvre, comme dab’ !

Dédé-La-Combine : — Alors si c’est américain, il y a surement des affaires à faire ! File moi ça que je goute…

Jules : — Tu vas voir Dédé, ça va y a aller super à la vente. Les jeunes surtout, sont raides dingues des amerlocks et leur musique de sauvage. Crois moi il y a de la thune à se faire sur ce coup-là.

Dédé : — Mouais ! Les ricains c’est l’avenir. Les rois de la combine te dis. Là, j’suis en ch’ville avec un type qui bosse pour le  plan Marshall et qu’est pas regardant sur des stocks qui arrivent de là-bas. Ces types ont un sens des affaires que nous on n’a pas encore, mais ça vient. La libération ça ne nous a pas libéré que des frisés, ça a libéré le commerce : « la bise naisse » comme y disent, j’sais pas ce que ça veut dire, ça doit être le vent du commerce qui monte, ou un truc comac. Mais suffit de voir leurs dollars pour comprendre qui a plus qu’à se baisser pour ramasser !

Ernest : — Vais t’dire un truc Dédé, tes combines, bon OK, on a tous profité, mais là faudrait voir à te ranger des voitures. La flicaille rode toujours et de mieux en mieux. Quant à ce jus sucré  qui te fait éternuer quand tu le respires et roter quand tu le siphonnes ! non merci ! Ça prendra pas, et je m’y connais !!

Jules : — Ernest, j’veux pas t’vexer, mais t’es vieille école ! Moi, mainan, j’vois en grand ! Le petit bistro de quartier ça a vécu. C’est mort demain matin ça. Faut foncer. J’vas faire un « snaque-bare » comme y appellent ça là-bas.

Ernest :  — Un quoi ???

Jules :  — Un casse-croute-bar si tu préfères. Et on servira du Coca-Cola ! J’ai vu ça au cinoche, aux actualités, c’est l’avenir…. Et j’aurais des serveuses pas farouches. Une nouvelle ère mon vieux Ernest …. Le bistro de papa, la tambouille de mémé … c’est finito !

Dédé : — Mouais, t’as raison Jules ! Fonçons ! Et si on s’associait ? moi je te trouve les capitaux, toi tu bosses le truc, et on partage les bénéfices !

Jules : — oh ! pas si vite mon bonhomme ! C’est pas pour des clous que tu t’appelles Dédé-la-Combine. Je connais ton sens du « partage » : c’est le style : Donne moi ta montre, je te donnerais l’heure !

Ernest : — Nan, mais vous être cinglés tous les deux !  C’est pas parce que le guerre est finie qu’on est au Paradis ! C’est pas avec ton Coca-cola de mes deux, qu’on va relever la France de son  merdier !

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Moi, Alain de la Brochure de la Reliure sur Or, descendant direct de la haute noblesse, qui s’était égaré dans cet estaminet des mauvais quartiers parisiens, involontairement témoin de cette scène qui dépasse l’entendement,  j’ai préféré m’en aller quérir  la maréchaussée, car cette engeance prolétarienne qui fomente des complots contre le France Éternelle, ça ne peut rester impuni….
Pensez donc ! Des combines de bas étage, et des invasions de breuvages de l’étranger…
Mais où va la France que nous aimons !…..
Et Vive le Général !!


Dernière édition par AlainX le Mar 19 Mai - 19:16, édité 1 fois
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Consigne Re: Ernest, Jules et Dédé

Message  Amanda. le Mar 19 Mai - 17:53

C'est très, très drôle ! On se croirait dans un film de Marcel Carné pour l'atmosphère ou encore dans " La traversée de Paris"

Et non, ne va pas quérir la maréchaussée, la France sera toujours la France avec ses combinards et ses " visionnaires" de l'avenir comme ton Jules Pochardu !

Ah et les noms, de vraies trouvailles ainsi que leurs " activités" !

clap clap
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Message  Nerwen le Jeu 21 Mai - 15:58

Excellent et très drôle comme toujours ! Quel talent
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Consigne Re: Ernest, Jules et Dédé

Message  Admin le Ven 22 Mai - 12:32

J'ai "pensé" la consigne en imaginant ce que toi tu allais en faire Wink
Je ne suis pas déçue du résultat, elle était vraiment faite pour toi Super content

Super bravo pour le choix des personnages, des noms et de leurs activités Premier

_________________
Bonjour Invité, je suis heureuse de te compter parmi les Kaléïdoplumiens  flower

Admi...ratrice de vos mots!
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Message  catsoniou le Sam 23 Mai - 6:17

Ouais ... Y a du drôle de monde quand même !!!

Je me retrouve assez dans le mot de la fin du Ernest ...

Allez !!!   Alcoolo    et avec du genièvre : j'en ai sur mes étagères ( de ma fabrication ! ) qui se laisse boire .
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Consigne Re: Ernest, Jules et Dédé

Message  tobermory le Sam 23 Mai - 10:02

Drôle et grinçant ! Les noms de tes personnages nous rappellent que les combines sont de toutes les époques.
Ton texte est très noir; dans " La traversée de Paris", on éprouvait quand même un minimum de sympathie pour les personnages; ici, pas du tout. Quand à l'aristo, si ça se trouve, il est devenu résistant à partir de 1946... l'essentiel de l'aristocratie a été pétainistes ( et parfois pire encore;)
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