A. Comment j’ai réinventé la poudre de Perlimpinpi

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Consigne A. Comment j’ai réinventé la poudre de Perlimpinpi

Message  Tadig le Lun 7 Mar - 16:54

Je suis né le 29 février 1944 à 0 heure 15 au village des Fontaines rue des Bâtons blancs (à Kerfeunteun rue de Kerbasguen pour les Bretons). On me prénomma Tadig, p’tit père en français. Dadi, mon frère jumeau m’avait précédé le 8 une demi-heure plus tôt en me bousculant quelque peu. Je me suis laissé faire, naître une nuit d’hiver durant l’occupation allemande ne m’enchantait guère. J’ai bien eu raison, ce fut la chance de ma vie, prendre un an tous les 4 ans fut un élixir de jouvence.

Mes parents ont dû intervenir auprès de l’Education Nationale pour qu’à mes 3 ans réels, je rentre à l’école maternelle. L’administration s’est montrée inflexible, seul l’anniversaire des années bissextiles comptait. Pour moi, ce fut un bonheur inextinguible, je restais avec ma maman.

J’ai pris tout mon temps pour grandir. Mon horloge biologique était synchro. Ma liberté à la maison était merveilleuse. C’était la vraie vie. Je m’enrichissais des jeux et du savoir de tous : sœurs, frères et copains. Le quotidien de la maison m’enchantait. Auprès de mon père, j’apprenais à jardiner, cultiver les légumes, m’occuper des lapins ; auprès de ma mère, les tâches ménagères et surtout la cuisine.

La révélation d’un potentiel de magie

Ah la cuisine ! Faire des crêpes de blé noir ou de froment sur une galétière en fonte ou confectionner un gâteau breton restent des souvenirs impérissables. J’aimais pétrir une pâte faite de 250 g de beurre, d’autant de sucre et de farine et y ajouter 5 jaunes d’œufs. J’utilisais ensuite les blancs avec du sucre et de la noix de coco râpée pour en faire des congolais. Cette substance extra-blanche, légère me fascinait. Déposée au creux de la main, elle s’envolait au moindre souffle. Ce fut une révélation, elle avait un potentiel de pouvoirs de magie. J’en ai fait des provisions pour créer ma poudre de perlimpinpin. J’en gardais toujours dans ma poche, précieusement rangée avec quelques grammes de sucre glace dans une petite boîte de cachous.

Autant dire qu’à 12 ans, lorsque j’ai J’intégré la maternelle j’en ai fait un grand usage avec les gamins que je côtoyais. J’étais en quelque sorte leur grand-frère et secondais aussi l’institutrice et l’assistante maternelle. Au moindre pleur et à chaque compliment, je leur soufflais cette poudre au visage pour les faire rêver. Et ça marchait ! Enfin pas toujours. Dans ce cas j’ouvrai ma boîte de cachou et les invitais à prélever quelques grammes avec leur index humide pour les déposer directement sur leur langue. Ils en étaient à chaque fois transportés.

Après la poudre les relations intergénérationnelles

En moyenne section alors que je venais de fêter mes 18 ans et ma majorité, deux inspecteurs de police m’ont interpellé un soir à la sortie l’école. « C’est bien toi Tadik ». Euh oui. « Tes papiers ?». Intimidé par le tutoiement je tends ma carte d’identité. « Mais Tadik, c’est yougo, croate ou serbe ? Et tu présentes une carte française qui n’est pas à ton nom ! ». Tadig c’est mon surnom, en fait je suis Bret.. ; Français. « Tu es instit dans cette école ? ». Non, non je suis scolarisé en moyenne section[. « A 18 ans ! Tu nous prends pour des billes ! » Honnêtement je n’en menais  pas large. J’aurais tant voulu pouvoir leur expliquer ma situation certes compliquée, mais j’étais  sûr qu’ils le prendraient mal. Alors je me tus.

« Tu sais le pourquoi de cet interrogatoire ? ».Ben non ! « Aller vide tes poches. C’est quoi cette boîte avec de la blanche ? Fouille à corps. Lève les bras, mets les contre l’arbre, écarte les jambes… »… J’ai eu l’impression de vivre une séquence d’une série policière à Télé…
Mais je ne vous en dirai pas plus. Sinon qu’après une nuit au poste de police, et l’analyse, évidemment négative des Stups comme ils disent, j’ai retrouvé ma liberté. J’étais ébranlé, j’avais vraiment pris un coup sur la cafetière.

Si j’ai abandonné définitivement la poudre de perlimpinpin, je n’ai en rien renoncé à cet intérêt d’être né un 29 février. J’ai réalisé que vieillir réellement tout en restant virtuellement jeune était un vrai atout pour développer des liens intergénérationnels.




Je l’ai vécu récemment lors d’une expérimentation théâtrale avec un groupe de résidents d’une Maison de retraite. Le bambin de moyenne section a déclaré sa flamme à Jeanne, une toute jeune centenaire.

Tadig
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Consigne Re: A. Comment j’ai réinventé la poudre de Perlimpinpi

Message  Admin le Lun 7 Mar - 17:12

J'ai beaucoup aimé ce texte que je trouve plein de fraîcheur et de gaieté. clap
Jeanne a-t-elle été éblouie par ta prestation? Le nez rouge te va à ravir Wink

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Bonjour Invité, je suis heureuse de te compter parmi les Kaléïdoplumiens  flower

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Consigne Re: A. Comment j’ai réinventé la poudre de Perlimpinpi

Message  silhène le Lun 7 Mar - 18:27

Maître des mots et magicien des relations humaines, c'est un beau don, Tadig flower

Premier
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silhène
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Consigne Re: A. Comment j’ai réinventé la poudre de Perlimpinpi

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