A. Poison d'amour

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Consigne A. Poison d'amour

Message  virgul le Dim 5 Mar - 12:45

- Je l’ai directement reconnu ! Bon sang Yvette, c’est Paul ! Mais qu’est-ce qu’il fout sur cette fresque ?
- Paul ?
- Oui, Paul Morland! Un type avec qui j’ai fait mes études, et la femme aux cheveux bruns, c’est Sophie, sa sœur jumelle. Par contre la blonde que Paul embrasse, je ne la remets pas.
- Quoi, et ton Paul et sa sœur sont devenus des célébrités ?
- Non, pas que je sache.
- Pourquoi les aurait-on peints alors ? Tu dois te tromper Henri, d’autant plus qu’ils sont représentés bien jeunes.
- Non, je te jure Yvette, tant pour Paul que pour Sophie la ressemblance est frappante. Ils étaient si beaux tous les deux qu’on ne peut pas les oublier. Et puis Paul, sportif et charismatique, avait un succès fou avec les filles. La blonde ici, n’en est qu’une parmi beaucoup d’autres. Sophie, elle, était plus introvertie. Vraiment ce duo du frère et de sa sœur a marqué nos mémoires.
- Et ce Paul, tu l’as encore revu ?
- Non, plus après l’obtention de nos diplômes.
- Mystère alors. Allez, viens Henri on termine de faire nos emplettes.

Tout en suivant Yvette, Henri se retourna plusieurs fois vers la fresque en se demandant comment il pourrait résoudre cette énigme ? Qui avait peint ces personnages, et pourquoi eux ?

Lorsqu’ils rentrèrent chez eux, Henri encore préoccupé par cette question, se dirigea vers le secrétaire pour en sortir les anciens albums photo et y retrouver les clichés de sa promotion.

- Eh bien voilà, regarde Yvette, au second rang tu vois Paul à côté de Sophie !
- Bon Dieu, c’est vrai qu’ils ressemblent en tous points à ceux peints sur les murs ! Même leurs vêtements datent de la même époque que sur ta photo.

J’en aurai le cœur net se dit Henri en allumant son ordinateur pour faire une recherche sur Morland. Mais rien à découvrir concernant son Paul Morland, ni sur Sophie Morland, qui d’ailleurs entretemps avait pu changer de nom.

Sans se décourager, Henri téléphona à Benoît Franchin, un des rares étudiants de sa promotion avec qui Henri était resté en relation.

- Allo, Benoît ? Oui, c’est Henri, je ne te dérange pas ? Dis donc, tu te souviens de Paul et de Sophie Morland ?
- Salut Henri. Bien sûr que je m’en souviens, j’étais même amoureux de Sophie !
- Eh bien je les ai revus, peints sur les murs à l’angle de la rue de Picardie et de la rue de Forez !
- Qu’est-ce que tu racontes ?
- Vrai, juré. A l’époque où ils étaient jeunes et Paul embrasse une belle blonde ! Tu n’as qu’à aller voir.
- Je n’y manquerai pas.
- Dis donc Benoît, aurais-tu gardé le contact avec Sophie ?
- Oui, pendant un petit temps. J’ai été invité à son mariage, et je sais aussi qu’elle a eu deux enfants, un fils et une fille. Mais cela fait une quinzaine d’années que nous nous sommes perdus de vue. Lorsque j’ai rejoint Paris, Sophie est restée en province. Mariée à un certain de Villencas, elle habitait la demeure familiale.
- Pourrais-tu me communiquer son numéro de téléphone ?
- Sans problème, mais sans garantie aussi, elle a pu déménager !

La chance fut du côté d’Henri. Lorsqu’il téléphona, c’est Sophie qui décrocha. Et lorsqu’Henri mentionna la fresque, Sophie, nullement surprise, sembla même heureuse de l’intérêt qu’Henri portait à cette œuvre et l’invita à prendre le café chez elle pour satisfaire sa curiosité.

Deux jours plus tard, Henri tasse de café en main, écouta avec grande attention le récit de Sophie :

- C’est mon fils Adrien qui a peint la fresque, sur base de photos. C’est lorsque je lui ai raconté l’histoire de son oncle Paul, qu’Adrien a trouvé l’inspiration.

"Paul et moi étions très proches, et vous connaissiez les penchants de Paul pour les jolies filles, qui le lui rendaient bien. Paul papillonnait et collectionnait les cœurs, dans une joyeuse insouciance que je lui reprochais par ailleurs. Jusqu’à cette rencontre avec Annabelle, la jeune femme blonde qui figure aussi sur la peinture.

Annabelle était un peu plus âgée que Paul, et mes amies m’avaient prévenue de la réputation sulfureuse qui la suivait. Très libérée, Annabelle complétait son tableau de chasse depuis quelque temps déjà, mais surtout, elle signifiait chaque rupture avec moquerie et cruauté, perversité même.

Malgré mes mises en garde, Paul ne voulut rien entendre, traitant mes amies de jalouses et d’envieuses. Qu’il était heureux d’avoir rencontré une vraie femme, qui avait du  répondant, et qui combinait sa grande beauté avec une forte personnalité.

Au début de leur relation, Paul était vraiment amoureux et même Annabelle semblait sincèrement éprise aussi. Tous deux profitaient de la plénitude qu’un tel sentiment provoquait chez chacun pour la première fois. Cette idylle dura quelques mois.

La vraie nature d’Annabelle refit progressivement surface. Elle prêta à nouveau attention aux regards des autres hommes qui réveillèrent ses penchants de séductrice. Sans vraiment céder aux tentations, ou à peine, elle en jouait comme pour se défendre de cette dépendance, vis-à-vis de mon frère, qui l’effrayait. Cela rendait Paul furieux, et très malheureux aussi, mais il ne cédait pas. Il faut reconnaître que Paul ne manquait pas « d’amies » compatissantes, attentives et prêtes à le consoler.

Scènes, disputes violentes, réconciliations passionnées constituaient alors le champ de bataille de ces deux personnalités fortes qui pratiquaient la séduction comme un art martial. Chacun, de force identique, rendant les coups à l’autre, dans une lutte ou la haine se disputait avec le désir, mais sans gagnant ni perdant.

Cette lutte les entraîna dans des dérives de plus en plus violentes, d’abord l’alcool, puis la drogue. Ils se perdirent dans un cloaque morbide qui les anéantit progressivement. Je passe les détails de cette descente aux enfers dans laquelle ils s’abimèrent entièrement.

J’ai tenté de sauver Paul, et à plusieurs reprises je l’ai accueilli chez nous, l’entourant de tous mes soins en espérant pouvoir l’extraire de cette spirale infernale et destructrice dans laquelle il s’était vautré. Mais à chaque amélioration de son état, Paul retrouvait Annabelle et tous deux replongeaient.

Paul avait 31 ans et Annabelle 33 ans, lorsque la police m’a informée de leur décès. Leur voiture avait percuté un arbre de plein fouet. Nous ne saurons jamais s’il s’agit d’un accident ou d’un suicide, c’est Paul qui conduisait.

La fresque de mon fils Adrien, illustre l’histoire de Paul, la tentation de céder à une relation passionnelle débridée et mon personnage qui veut mettre en garde contre la nocivité d’une telle relation lorsqu’elle est menée à son paroxysme."

virgul
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Consigne Re: A. Poison d'amour

Message  Nerwen le Lun 6 Mar - 9:39

Et bien, voilà une histoire menée de main de maître ! Tu nous entraînes dans une recherche dont les éléments s'enchaînent parfaitement, jusqu'au récit final qui est une autre histoire emboîtée dans la première. Chapeau ! Quel talent
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Nerwen
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Consigne Re: A. Poison d'amour

Message  Escandélia le Lun 6 Mar - 10:06

Une histoire sacrément bien ficelée et que j'ai lu avec beaucoup d'intérêt. C'est passionnant de te lire, Virgul.
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Escandélia
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Consigne Re: A. Poison d'amour

Message  AlainX le Lun 6 Mar - 17:02

Voilà un excellent récit très bien mené et parfaitement construit.
On est pris du début à la fin, avec le désir de savoir comment cela va se terminer.
Le lecteur devine, évidemment, que ce ne sera pas happy end…

Il y a là la trame pour un excellent scénario de film.
J'ai vraiment beaucoup aimé.
clap clap
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AlainX
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